On en avait parler ICI, et c’est maintenant que ça se passe!

wooden

Jeudi 4 juin à eu lieu chez Artoyz, le vernissage de la nouvelle exposition de Steph.Cop qui dévoilait ses dernières créations. Comme son nom l’indique, le designer a revu son personnage fétiche et déjà culte ARO, en le sculptant dans du bois, et par la même occasion, en redonnant vie à des morceaux de bois centenaires. Un moment à ne pas rater pour tous les fans de design Toyz!

Et pour finir en beauté une interview de Steph.Cop:

Parce qu’il faut toujours commencer par là, pouvez-vous vous présenter rapidement ?
Black aka Steph.Cop. : Children Of Production, de mon premier crew de writers, composé de Joey Starr et de Meo artiste NewYorkais. Autodidacte, styliste, graphiste et toy designer. En 2000, j’ai crée A.R.O. (Analyse, Reflex, Obsessionnel) que j’ai matérialisé par la figurine éponyme. Aro fait parti des 5 Imaginary Friends née en 2002, aujourd’hui je vous le présente en Wooden, il renaît.

Comment expliquez vous le cheminement graffiti > stylisme > toys >tronçonneuse ?
Le graffiti est une forme d’expression graphique agressive, le stylisme une forme élaborée, les toys une forme épurée et la tronçonneuse est la forme épurée à l’extrême. La forme brute du Wooden Aro prend alors tout son sens.

Plus sérieusement d’où vient cet attrait soudain pour le bois et les bois ?
Je crois toujours y avoir pensé, se rapprocher de la nature. Alors vivre loin de tout, un peu reclus, un peu un rêve. Je me suis imposé une hygiène et un style de vie qui me permettent de me retrouver. Je me suis ressourcé dans les forêts, un vrai bonheur.
Biodiversité consciente a pris tout son sens, le sacré de la nature, question de vie, et d’envie, un choix de vie au milieu du bois, des bois, des lichens, des mousses, et de l’eau. Retrouver sa raison et son âme.

Pourquoi un « toy » en bois ? Le plastique ne vous suffit plus ?
Deux démarches distinctes, et complémentaires. On impose une forme au plastique, par un travail préalable d’un sculpte puis d’un moule. Les bois se sont imposés à moi, la démarche d’un sculpteur sur une matière vivante. Et même en faisant 30 Aro en bois,
je n’ai pas fait le même travail deux fois. Je voulais retrouver cette sensation de vie qui existe chez les IF, un toy fait main avec une matière organique, un petit coté artisan dans cette démarche, et ce coté brut, une démarche qui me permet de prendre un plaisir de sculpteur et d’y mettre toute mon énergie. Es tu un homme de
la forêt ou du bitume ? Entre Woodcutter et designer no contradiction, je coupe et je sculpte comme je fais un mur, les murs choisis et repérés. Je bûcheronne pareil, équipé de machines, le Nixon sur les oreilles, je sculpte au rythme d’EPMD ; Pour être seul dans ma démarche, dans mes retranchements, rien de tel que la foret. La forêt c’est les odeurs et la solitude au milieu de rien, le rien de la nature qui nourrit ton âme.

Décrivez-nous votre façon de travailler sur le projet ARO Wooden ?
Une quadrature : le bois, la machine, Aro et moi.
Le choix du bois est crucial, il faut des bois âgés pour travailler le coeur; afin d’adapter chaque morceau à chaque volume du Aro, les débiter à la mesure, les transporter, les sécher, comprendre les fibres et choisir la coupe. Il est important d’avoir la vision au préalable de la sculpture qui habitera le mieux ce bloc.
Le volume de la tête impose une section importante, le bois doit être âgé et coupé de longue date, avoir séché naturellement afin de ne pas se fendre sous la chaîne de la machine. Notamment pour un bois comme le chêne. Ces morceaux viennent de charpentes anciennes. En 1761, un ouragan tragique est survenu dans un microcosme de ma région, a mis à terre des centaines d’arbres centenaires. Ces arbres ont alors été séchés et utilisés par les paysans pour construire fermes et bergeries. Ce sont ces bois que je récupère pour sculpter le Wooden Aro.

Quelles sont les contraintes particulières au travail du bois ?
Le choix de la matière, du morceau, le visualiser, il faut trouver le bon morceau, la bonne section, la bonne essence, faire en fonction du séchage, le bon fil, prendre le coeur, la loupe. En fait une somme de contrainte pour une matière pleine de force.
C’est ainsi que le Wooden Aro a une belle âme.

Avez-vous ressenti des choses particulières en travaillant cette nouvelle matière ?
Infiniment de choses, le bois est à contempler et à découvrir. Mes premiers ressentis, la sensibilité et la force du bois, j’ai senti que les Aro pouvaient sortir de là. Malgré la violence de la tronçonne, c’est la matière qui te guide, te bloque, t’emmène, tu dois faire en fonction de la fibre, des noeuds, du fil, de l’essence. Aller au delà de cette expérience. Je vais me laisser guider.

Quel a été votre rapport avec les nouveaux outils (tronçonneuse etc) ?
La machine que j’utilise pèse environ 7 kg, avec un empattement de chaîne de 40 cm, cette chaîne doit être affûtée, la machine entretenue, pas très écolo certes. Je trouve que la tronçonneuse à un coté urbain, elle consomme de l’huile et du carburant, fais un bruit sans commune mesure. C’est une machine de brute et paradoxalement elle permet un travail de précision insoupçonné en fonction des angles de coupe, de la pression qu’on impose, elle permet des coupes franches, et du rabotage avec le plat de lame. Il faut avoir une représentation spatiale parfaite de la pièce à tailler, car la machine lourde et puissante ne permet aucune faute, une fois que la lame a mordu dans le bois, il faut contrôler la pression et la force que l’on va mettre dans ses gestes. J’ai fait mes armes dans la forêt, couper et re-couper pour entretenir des bois. L’outil est la grande surprise de cette aventure, la tronçonneuse fait partie intégrante de cette expérience, un outil mécanique d’une violence extrême. Apprendre à démarrer ton outil, apprendre à dompter ce truc surpuissant, bruyant et sale, un truc bien froid qui rentre en conflit évident avec le bois. De cette bataille (ou guerre), on ne sait jamais qui en sortira vainqueur. J’ai adoré cette confrontation, c’est « Mechanic versus Organic », un thème que j’ai déjà abordé très souvent dans mes collections textiles.

Comment s’est fait votre apprentissage avec l’outil et la matière ?
La chaîne occupe la place maîtresse, son affûtage permet à la lame de s’enfoncer dans la matière, et selon la force appliquée, on va -ou non- contrôler celle-ci. Le bois peut se couper, mais aussi se fendre ou s’écailler. C’est finalement lui qui décide. .Un des points clé est l’affûtage, un travail de précision, manuel, répété plusieurs fois par cession de coupe. Cet apprentissage a pris quelques mois, et c’est en coupant du bois que l’on devient «Woodcutter», Un apprentissage seul et à l’instinct, au milieu des forêts. A force de manipulation, tu fais tes gammes, tu traces, tu coupes, tu affûtes, tu gères le ralenti, tu rabotes, tu fais tes arrondis, tu évites de te blesser. Je me suis fait peur plus d’une fois. Et c’est magique dès que tu contrôles un peu, tu perds la tête rapidement. Un travail de força au paradis, le silence du bruit de la machine au milieu des arbres centenaires.

Au final vous seriez plus spraycan ou tronçonneuse ?
Même démarche : la technique est primordiale. Tu traces, tu coupes, tu affûtes, tu contrôles un outil bizarre et hors normes. Tu fais tes gammes afin de contrôler et d’être libre de tes traits et tes coupes. Choisir entre dominer ou être dominé. L’unique ressource : ta tête et tes mains.

Des envies de massacre parfois ?
Rien de tel, le raccourci est facile, voire trop facile, pas encore serial !!.. Aro, est une création, pas une destruction.

N’hésitez pas à aller voir cette expo, ça se passe du 4 au 27 juin et c’est à la galerie Artoyz : 45 rue de l’Arbre Sec, 75001 Paris.

Un grand merci à David pour les photos et l’interview.