Le V se dresse partout o๠il le peut : Sur les murs, dans le ciel, auprès de roses assassines. Comme une insulte au conformisme et au totalitarisme, comme une bravade à  la dictature des médias et à  l’aplatissement de la pensée. «Souvenez-vous du 5 novembre», supplie ce justicier masqué au peuple britannique, rivé devant son téléviseur. Nous sommes dans une société avachie et vicieusement abrutie, dans l’hypothèse que la logique fasciste et marchande ait triomphé de toutes les guerres de notre époque. Heureusement, il y a un homme; du moins, semi-homme, qui ose en appeler à  la révolte pour que cessent la manipulation et la persécution.

Et au hasard d’un sauvetage nocturne, ce V rencontre celle qu’il révélera à  elle-même: Evey, une orpheline qui aurait tant aimé hériter de la fibre de résistance de ses parents. Pendant que monte la rumeur d’un véritable renouveau, le chancelier Sutler (terrifiant, puis terrifié John Hurt) fulmine et travaille à  contrecarrer sordidement les plans révolutionnaire de V le vindicatif.

Adaptation charnue du roman iconique de Alan Moore, dont la bande dessinée «La Ligue des Gentlemen Extraordinaires» fut transposée d’exécrable façon au grand écran en 2003, «V pour Vendetta» ne manque ni de panache ni d’audace. On est scié par tant d’actualité dans le propos, on ne peut qu’être interpellé par tant de lucidité politique et morale. Mais les frères Wachowski s’embourbent dans des allers-retours temporels trop nombreux et du sous-texte surchargé de symboles néanmoins fascinants. Sans compter le charme discutable du héros, figé derrière un rictus de plastique. N’empêche que Hugo Weaving offre un jeu très physique, aux côtés d’une Natalie Portman éberluée. La vendetta demeure jouissive et d’une mécanique démente.

Un voyage qui aurait pu être encore plus au vitriol, mais dont la verdeur vaut toutes les vicissitudes du scénario qui voilent une vraisemblance pourtant brillante comme du vif-argent. D’une violence vertueuse et pleine de verve.