Article signé Flyfly
Plus que quelques jours avant que cette exposition ne ferme ses portes. Si vous n‘y avez pas été, il n‘est pas trop tard. Vous avez jusqu‘au 8 aoà»t pour vous rendre au musée d‘Art Moderne à  Beaubourg…
L‘exposition itinérante Africa Remix (elle a déjà  été présentée à  Londres et Dà¼sseldorf) nous présente une Afrique multiple, en quête d’identité, o๠tradition et modernité se côtoient, se mêlent et s’entrechoquent. Plus de 200 Å“uvres sont présentées, des Å“uvres d‘artistes reconnus et d‘autres de jeunes artistes encore peu connus. Très éclectiques, ces Å“uvres touchent de nombreux supports : peinture, dessin, sculpture, assemblage, installation, photographie, vidéo, design, littérature, musique… Les sujets abordés sont aussi universels que la guerre, la misère, l’immigration, le métissage, la mémoire ou le racisme. Se présente à  nous une Afrique consciente de son passé et qui assume pleinement son présent, tout en se tournant vers l‘avenir.
Cette exposition, pleine de surprises et de richesses, s‘articule autour de trois thèmes : Identité et Histoire, Corps et Esprit, Ville et Terre.

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Identité et Histoire

Il s‘agit de répondre à  diverses questions. Qui sommes-nous ? D‘o๠venons nous ? Quelles sont nos racines ? Quelle est notre identité ? A quelle nation sommes nous attachés ? Ces questions sont d‘autant plus d‘actualité quand on connaà®t l‘histoire de l‘Afrique. De fait, l’Afrique actuelle n’est que le fruit d’une histoire corrigée par les autres. Comment donc trouver son identité dans ce contexte ? Qu‘est ce que la nation « Afrique » ?
Pour les Africains, il semble impossible de se penser autrement qu’en réaction à  autrui, en l’occurrence au colonisateur. A l’aube des indépendances, il s’agit d’une affirmation collective o๠l’identité africaine ou arabe semble être le mot d’ordre. Maintenant, il n‘est plus question d’élaborer une Afrique post-coloniale, mais de définir la place de l’Africain en tant qu’individu.

Les autoportraits de Samuel Fosso
Né au Cameroun en 1962, Samuel Fosso vit d’abord au Nigeria avant de rejoindre son frère à  Bangui en République Centrafricaine. A dix ans, il est cordonnier. En 1975, il entre dans le studio d’un photographe comme apprenti. Les Indépendances africaines se sont accompagnées d’un énorme engouement pour la photographie, notamment avec l’ouverture de studios sur tout le continent africain. Samuel Fosso ouvre son premier studio à  treize ans et débute, en marge de son activité commerciale, un travail personnel autour de l’autoportrait qu’il réalise avec les chutes de pellicules utilisées pour ses clients. Il se met en scène dans les poses et les vêtements à  la mode des « sapeurs » du Congo, et envoie ses clichés à  sa famille.
Il développe son travail en passant à  la couleur. Les costumes et les mises en scène se diversifient : il pose en marin, travesti en femme, pirate ou joueur de golfe. Son Å“uvre devient alors plus critique : il se sert de son image et du déguisement pour exprimer des thématiques identitaires.

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African Adventure (1999-2002), Jane Alexander
Cette installation présente, sur la terre rouge de l‘Afrique, une série de personnages hybrides à  l‘image de la population colonisée de l‘Afrique. Ils sont un résumé de l‘histoire de l‘Afrique. Ils sont ce qu‘elle est devenue : une tentative de se sortir des codes qu‘on lui a imposé, des codes qui lui sont étrangers. Est-ce vraiment ça l‘évolution ?

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Ville et Terre

Si la ville et la terre sont souvent opposées, cette division en Afrique, peut-être plus qu’ailleurs, s’avère artificielle. La ville est une aberration de la terre. En Afrique, à  quelques exceptions près, il n’y a que la capitale qui remplit la fonction de ville. Pour les Africains qui partent vivre en ville, c‘est un peu comme pour ceux qui partent à  l’étranger : il ne s’agit que d’une parenthèse nécessaire qui parfois peut durer une vie entière.
Les artistes africains, qu’ils vivent sur leur terre natale ou loin de leurs origines, sont tous des naufragés volontaires. Dans cet exil intérieur, il n’existe plus de ville ou de campagne, mais une terre natale qui confond tout et ramène à  l’équilibre initial.

Townshipwall n°10 (2004), Antonio Ole
Il s‘agit pour lui de recréer une série de « murs photos » montrant des façades de huttes et de logements de township angolais. Construits avec des objets de récup ce mur véhicule une image de déchéance, de guerre, de destruction. Les portes sont closes, les murs sont abà®més, rouillés. En bas à  gauche, faisant office de boite à  lettres, une trousse de secours… Pourtant, ce qui nous frappe, c‘est cet éclatement de couleurs. Impossible de penser qu‘il n‘y a plus d‘espoir, plus d‘avenir dans ce monde là . Il y a cette incroyable volonté de survie…

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Collapsing guides (2000-2003), Moshekwa Langa
En Afrique, les frontières sont un problème. Elles ont souvent été créées de manière arbitraire. Pendant le grand apartheid, plus de 3,5 millions de personnes ont été transférés vers des homelands. Les familles ont été séparées, les communautés ont été désorganisées et appauvries. Des bidonvilles ont surgi. Grâce à  des sacs poubelles et du scotch, l‘artiste reconstitue son pays. Il recolle les morceaux…

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Eiffel Tower (2002), Gonçalo Mabunda
Gonçalo Mabunda travaille au Nucléo de Arte, un collectif d‘artistes du Mozambique. Il a participé au projet « changer les armes en socs de charrue ». 16 ans de guerre civile et 7 millions d‘armes cachées dans tout le pays. Le projet : échanger des armes contre des bicyclettes, des charrues, des machines à  coudre. Les armes récupérées sont redistribuées à  des artistes les transforme en sculptures, en meubles…

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Corps et Esprit

Cette section présente des Å“uvres qui posent la question de la représentation. Comment est ce que j‘apparais, comment je me présente aux autres ? Grâce à  mon corps, un corps devenu représentation de soi, un corps en quête d‘identité, un corps outil dont l‘esprit, l‘âme est indissociable.
Le corps devient un élément de création artistique. Nous, spectateurs, visiteurs, sommes largement conviés à  participer avec nos corps aux différentes Å“uvres. Nous sommes là  en tant que voyeur, en tant que continuité de l‘Å“uvre.

Down by the river (2001), Ingrid Mwangi
Cette oeuvre est violente et forte. Elle fait état de la sauvagerie humaine. La vidéo d‘un corps flottant, la tête plongée dans l‘eau rougie, défile au dessus d‘un rectangle de terre. Tracé dans la terre ocre, un texte raconte comment le sang a coulé, comment le sang s‘est mêlé à  l‘eau de la rivière et comment la rivière a continué de couler… Malgré toutes les violences et les morts qui ont eu lieu en Afrique, la vie est plus forte que tout et continue de couler…

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The room of tears (2004), Bili Bidjocka
Une salle blanche dont le sol est recouvert d‘eau et de pierres. Certaines pierres déclenchent des textes et des sons. Tout autour de nous des portraits, parfois, le notre… Notre image se reflète dans un immense miroir. Quand les portraits s‘animent, ils pleurent. Ils pleurent sur le monde… Volontairement dépouillé, cet espace est un lieu de recueillement et de méditation o๠nous sommes confrontés à  l‘aridité des pierres et la douceur de l‘eau…

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L‘avis de Simon Njami, commissaire principal :
« Il était grand temps de créer une exposition qui ne constitue pas seulement le récapitulatif de la discussion sur l’art contemporain africain des dix dernières années. L’objectif était de mettre sur pied une exposition qui s’abstient de toute idéologie et met en évidence la motivation profonde de la créativité africaine. Un second objectif était de mettre fin à  toute une série d’idées préconçues et mythes sur l’Afrique. C’est pour autant que je sache, la première fois qu’une exposition de cette envergure se consacre à  l’Afrique dans son ensemble et non seulement à  ses cotés sombres, au cÅ“ur de l’obscurité, mais tient compte de ses aspects géographiques et historiques. C’est également une exposition qui pose des questions : qu’est ce que l’art contemporain africain que peut-on en dire et en montrer, après tant d’expériences que l’on a faites en Europe ?
Existe-t-il une définition tant soit peu valable ? répond-elle aux conceptions occidentales ou en est- elle très éloignée ? A quel point de vue ? Nous ne prétendons pas pouvoir répondre à  toutes les questions mais nous voulons du moins, poser des questions qui n’ont jamais été posées. Nous voudrions nous concentrer pleinement sur le charme d’un ouvrage présenté dans le cadre d’un concept d’exposition qui fournit un aperçu de ce que l’Afrique pourrait être aujourd’hui. Comment pourrait être l’art africain de demain et quels sont les liens qui nous manquent entre l’ancienne Afrique et celle d’aujourd’hui. Nous n’avons aucune notion précise du résultat. Mais une chose est certaine : nous avons tenté de nous libérer de nombreux pièges qui ont marqué notre vue de l’Afrique en général. »

Présentation de l‘Afrique en quelques chiffres

Démographie :
Population en 2003 : 861 millions d’habitants (13 % de la population mondiale)
Population estimée en 2025 : 1 289 millions d’habitants.
Espérance de vie moyenne : 41 ans.
Taux de natalité : 38 pour 1000 habitants.
Taux de mortalité : 14 pour 1000 habitants.
Taux de mortalité infantile : 88 pour 1000 naissances.
Indice synthétique de fécondité : – 5.2 enfants par femme. / – 2.8 % pour la moyenne mondiale.

à‰conomie :
Produit national brut (PNB) par habitant : 2 120 dollars (Aux USA, le PNB est de 34 280 dollars par habitant).
315 millions de personnes, soit une personne sur deux de l’Afrique sub-saharienne, survit avec moins de 1 dollar par jour.

Conditions sanitaires
33 % de la population africaine souffre de malnutrition.
Moins de 50 % de la population africaine a accès à  des soins dans des hôpitaux ainsi qu’à  des médecins.
En 2000, 300 millions d’Africains n’avaient pas accès à  l’eau potable.
Sida :
Plus de 25 millions de personnes sont séropositives.
Proportion des 15-49 ans infectés par le VIH : 6.5 %.
Pourcentage mondial : 1.2 %.