Flyfly, terrassée par la canicule, plutôt que de se faire dorer la pilule sur les bords de Seine, les pieds dans le sable fin de Paris Plage, s’est réfugiée dans les salles obscures. Elle y a vu Charlie et la Chocolaterie, dernière réalisation du magicien Tim Burton.

Flyfly nous livre ses réflexions. Accrochez vos ceintures…

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Comédie fantastique américaine de Tim Burton, avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Freddie Highmore, Christopher Lee

Durée : 1h56.

Site officiel du film : www.warnerbros.fr/movies/chocolatefactory/

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Synopsis :

Il était une fois, Charlie, un petit garçon généreux vivant pauvrement dans une vieille bicoque avec ses parents et ses quatre grands-parents. Ils n‘ont rien pour vivre. Leur seul repas est un bol de soupe aux choux. Pour toute richesse, ils n‘ont que la force de leurs sentiments et de leurs émotions.

Il fait froid. La neige tombe. De sa fenêtre, Charlie aperçoit une mystérieuse usine : la chocolaterie de l’excentrique Willy Wonka, génial créateur de friandises extraordinaires. Il rêve de le rencontrer, de savoir ce qu‘il y a derrière les grilles de son usine à  chocolat.

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Wonka vit seul depuis des années, depuis qu‘il a fermé sa chocolaterie pour échapper à  ses concurrents, pilleurs de ses inventions. Pourtant, la fabrique marche encore. Chaque nuit, des camions emportent bonbons et chocolats vers les boutiques du monde entier.

Un jour Wonka organise une loterie. Cinq tickets d’or ont été glissés dans des tablettes de chocolat et permettront à  5 enfants de visiter la chocolaterie. Il y a peu de chance pour que Charlie trouve un ticket. Mais, nous sommes dans une belle histoire et le dernier ticket d‘or est pour lui. Il pourrait le revendre… Mais un rêve n’a pas de prix. Accompagné des quatre autres « élus », il va rentrer dans l’univers merveilleux et surréaliste de Willy Wonka…

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Critique :

A l‘origine, un classique de la littérature enfantine : Charlie and the Chocolate Factory, écrit en 1964 par Roald Dahl. Tim Burton signe ici la seconde adaptation de ce roman (la première adaptation au cinéma a été signée en 1971 par Mel Stuart).

Tim Burton s‘est littéralement emparé de «Charlie». Il a parfaitement réussi à  créer un univers, celui du conte et de ses personnages. Un univers qui par certains aspects ressemble au monde d‘aujourd‘hui, par d‘autres à  celui des légendes d‘hier. Il est une fois encore au rendez-vous de l’insolite, de l’extravagant et de l’inventif. Rien n’est techniquement et visuellement impossible pour lui. C’est un vrai régal que de nous embarquer dans les méandres de ce pays fait de rivières en chocolat, d‘arbres à  bonbons, de gazon à  la menthe et habité par les Oompa-Loompas… Du générique, au plan final, chaque détail du décor, chaque maquette, chaque costume et cadrage portent la signature du maà®tre.

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La découverte des élus puis les épreuves que leur réserve Willy Wonka, dans le dessein de désigner celui qui sera son successeur, vont occuper l’essentiel du film et permettre à  Tim Burton d’exercer son esprit de satire. Les portraits des enfants sont décapants : 
- Augustus Gloop est un obèse laid et méchant, qui engloutit les sucreries à  tour de bras.
- Veruca Salt est une insupportable pimbêche britannique à  laquelle son père, un richissime industriel (ressemblant étrangement à  W. Bush), ne refuse jamais rien. 
- Violet Beauregard a l‘obsession du trophée et de la victoire. Elle est prête à  tout pour gagner, prête à  écraser n‘importe qui se mettra en travers de son chemin. 
- Mike Teavee est un accroc de la violence télévisuelle et des jeux informatiques. 
- Charlie est le seul à  garder un visage humain.

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Durant la visite, ils se trouveront, un à  un, éliminés du concours en raison même du trait dominant qui fonde leur caricature. La gourmandise pour Gloop (noyé dans le chocolat), l’orgueil pour Salt (jetée aux ordures), la stupidité pour Beauregard (transformée en myrtille géante), l’arrogance pour Mike (téléporté dans une dimension télévisuelle).

Willy Wonka est le reclus de l‘histoire. Il est celui qui ne peut pas vivre dans le monde, l‘artiste fou qui dans sa folie s‘est créé un univers à  sa hauteur. Cet incompris a fui sa famille, ses concurrents et au final la vraie vie. Même quand Charlie lui offre une famille et la possibilité de vivre dans le monde réel, il mettra cette dernière sous cloche, la saupoudrant de sucre glace… Dans ce rôle, Johnny Depp perfectionne encore son art minimaliste. Une intonation, un bégaiement, une présence asexuée : il est incroyablement juste et inquiétant.

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Pourtant ce merveilleux ne nous surprend pas vraiment. Il existe de nombreuses similitudes avec «Edward aux mains d‘argent». Parfois même la bande son nous rappelle un peu trop ce précédent film. Le scénario connaà®t peut être quelques longueurs, mais au final, ce n‘est pas ça que l‘on retient. On sort de la séance enchanté, émerveillé. Tim Burton nous fait sentir tout le respect qu‘il a pour ses spectateurs, quel que soit leur âge et leur capacité d‘étonnement. Il comble les adultes avec des clins d’Å“ils tordant à  Michael Jackson, Kubrick ou Esther Williams ! Au final, tout cela n‘est qu‘une fable, une fable parfois amère qui débusque les joies et les traumatismes de l‘enfance. Tim Burton devise avec ironie sur les rapports entre les parents et leurs enfants…

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Quelques mots de Tim Burton sur Roald Dahl :

« L’un des aspects intéressants du livre, c’est qu’il est si particulier, si libre, qu’il laisse encore de la place pour l’interprétation de chacun. Ca laisse une porte ouverte pour votre propre imagination. Et l’imagination était, je pense, l’une des forces de Roald Dahl en tant que raconteur d’histoires (…) Certains adultes oublient ce que c’était que d’être un enfant. Roald, non. Dans son livre, vous avez donc des personnages qui vous rappellent des gens de votre propre existence et des enfants avec lesquels vous alliez à  l’école, mais en même temps il plonge cette réalité dans les anciens archétypes de la mythologie et des contes de fées. C’est un mélange d’émotion, d’humour et d’aventure qui est absolument hors du temps et je pense que c’est la raison pour laquelle ce roman s’imprègne tellement en vous. Il vous fait vous rappeler vivement ce que c’était que d’être un enfant, mais il offre également une perspective adulte. C’est pourquoi vous pouvez revisiter ce livre à  n’importe quelle période, en tirer différentes choses, quel que soit votre âge. »