Nick Ciarelli est le type de personne que le constructeur Apple est supposé adorer. A l’age de 6 ans, Nick a commencé à  utiliser le Mac de ses parents et ne l’a plus laché depuis. A 13 ans, fort de sa passion, il a créé un site dévoué à  la firme de Cupertino. Il y parle notamment des nouveaux produits à  venir. Maintenant, du haut de ses 19 printemps, Nick Ciarelli a fait de Think Secret, un passage obligé pour tous les fans de la Pomme. Nick n’avait pas peur de « Penser Différemment » (Think Different, le slogan de Apple), jusqu’au jour ou le ciel de Cupertino lui est tombé sur la tête…

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En effet, Nick a été trainé en justice par Apple avec 3 autres sites dévoués à  la marque (PowerAge et AppleInsider), peu après le salon Mac World Expo de San Francisco. Pourquoi? Parce que NickDePlume (son pseudo sur son site) avait « spéculé » la sortie de l’iPod Shuffle, le Mac Mini et iLife 2005.

Et comme Nick avait vu juste avec les trois produits, Apple le remercia en lui faxant via ses avocats un document de 19 pages expliquant son intention de trainer le passionné en justice.

Apple Computer Inc. v. Nick dePlume. Apple accuse notamment Nick de violer le Uniform Trade Secrets Act en sollicitant des informations confidentiels auprès de sources à  l’intérieur d’Apple.

Pourquoi cette histoire banale me fait bondir de mes baskets? Tout simplement parce que je peux facilement m’identifier à  Nick DePlume et son combat pour la liberté de la Presse. Le juge de la Cour supérieure de Californie a condamné Nick Ciarelli en prétextant qu’il n’avait pas le droit de conserver des documents secrets ET de protéger ses sources.

On vit dans un monde à  deux vitesses. Alors que la presse en ligne est en train d’obtenir sa légitimité et ses lettres de noblesse, un juge condamne Nick DePlume car il ne peut pas être assimilé à  un journaliste. Pourtant, Garrett M Graff pourrait crier au scandale, lui qui tient un Blog sur les médias et qui vient d’être accrédité d’un pass Presse par la Maison Blanche. Une première mondiale.

Le journalisme devrait être universel quelques soient les supports. Magazine en ligne, Blog, TV, Radio, Papier… On se doit de préserver cette liberté de la presse.

Je crois que le malaise est d’autant plus grand, car nous ne sommes pas dupes. La protection des secrets industriels (5 jours avant une date de lancement?) n’est pas la raison principale de ce tapage. En effet, il n’y a rien de mieux qu’une couverture presse… même une mauvaise presse. Et nos amis de Cupertino (ou Benetton par exemple) le savent bien.

Les petits (petit à  l’échelle d’Apple) sites d’enthousiastes sont des proies idéales pour un plan de marketing virale bien huilé. Cette action en justice permet à  Apple de maintenir encore le Buzz autour de ses produits… Même deux mois après le lancement initiale. La preuve, je vous en parle encore… sigh…

Gary Fine, professeur de sociologie à  l’Université de Northwestern et co-author de « Rumor and Gossip », explique parfaitement une pratique courante dans les départements marketing des grands constructeurs. Vous avez la rumeur sur le produit (Buzz) et ensuite le lancement officiel. Après 6 années avec PDAfrance, j’ai connu cette situation des centaines de fois. Alors que la plupart des constructeurs s’arrêtent aux deux premières étapes (voir Dell et PDAfrance), Apple voulait aussi la troisième étape « la couverture média via l’action en justice ».

Apple n’aurait jamais fait cela si Nick travaillait au New York Times… Alors que risque Nick? Un gros paquet d’ennuis, à  moins que l’Electronic Frontier Fondation qui le soutien dans son combat et qui a fait appel de la décision, arrive à  faire échouer les pratiques navrantes du géant de Cupertino.

Jason O’Grady, le fondateur de PowerAge.org, qui travaille sur le site depuis 1995 est dégouté de la tournure des opérations

« I’ve done nothing but create community for Apple, and this is what I get, »

La Liberté de la Presse doit impérativement s’appliquer quelque soit la taille du support. C’est une notion que doit rentrer Steve Jobs dans sa tête qui d’ailleurs n’accorde aucune interview si votre badge presse ne porte pas le nom « Fortune, Times ou Forbes ».

Même Billou a accepté d’accorder une interview à  notre ami Peter Rojas de Engadget. Les temps changent…

Allez Nick, je suis avec toi. Toi, t’es w3sh!!

via Wired